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Petite
histoire de la serrurerie . . . Le
plus vieux métier du monde ?
De tous temps, l’homme a voulu protéger ses biens ou des
êtres qui lui sont chers. La sécurité a probablement
été la première considération de l’humanité.
Les hommes des cavernes utilisaient de lourdes
pierres pour protéger leur logis contre les
intrus ou les bêtes sauvages. Bien que cette
pratique ait pu se révéler efficace sous l’angle
de la protection, son succès était loin d’être
garanti en cas d’incendie, heureusement peu
fréquent du fait de la nature de la construction.
Pas facile d’échapper à un danger quand vous
devez, pour cela, déplacer une lourde pierre
! Peu pratique, cette solution rudimentaire
fit place aux branchages entrelacés, puis aux
rondins de bois.
Perfectionnant l'outil, l'homme assemble des planches pivotant
autour de pivots en bois : c'est la naissance
de la porte. Cette première porte, n'importe
qui va pouvoir l'ouvrir : elle ne se bloque
pas de l'intérieur. Pour assurer la tranquillité
de son être et la protection de son avoir, de
son bien, l'homme invente le verrou. Il place
dans deux encoches pratiquées dans l'huisserie
une espèce de barre de bois, qu'il faut à chaque
fois soulever du sol. Afin de ménager sa peine,
l'idée lui vient de faire glisser cette barre
sur des coulisseaux, d'en limiter la course
et d'en empêcher la chute. Pour ouvrir ou fermer
de l'extérieur, il perce la porte de part en
part et fait passer une lanière qui, fixée à
la barre, l'actionne du dehors.
Toujours inventif, l'homme décide de passer un outil au
travers de cette porte afin d'assurer le fonctionnement
de ce verrou élémentaire. Cette broche est la
mère de la clé d'aujourd'hui.
Ces premiers verrous ne sont pas sûrs : il est facile de
les faire coulisser par le jour qui existe entre
le corps de la porte et ses montants. Apparaît
alors la cheville mobile de bois qui, en retombant
sous l'effet de son propre poids, assure la
condamnation du mécanisme. C'est le premier
système de verrouillage, et la naissance de
la première serrure. Cette cheville pouvait
être actionnée par la dent d'une broche, elle-même
capable de mouvoir la barre. C'est la fameuse
"chevillette" du conte de Perrault, et le conseil du loup au Petit
Chaperon Rouge : « tire la chevillette et
la bobinette cherra »...
Si l'outil à une dent peut soulever une cheville, un outil
à plusieurs dents en soulèvera plusieurs. Fort
de cette logique, l'homme découvre la clé. La
serrurerie actuelle remonte probablement à 4000
av JC, c’est-à-dire dès qu’est apparu le travail
de la métallurgie. A vrai dire, on ignore
encore la date et le lieu de naissance de la
clé. Certains auteurs affirment en avoir
trouvé trace en Chine, deux mille ans avant
Jésus Christ. Mais toutes les serrures antiques,
qu'elles proviennent d'Iran, de Nouvelle Guinée,
du Maroc, de l'Inde ou du centre de l'Afrique
ne sont que des variantes issues d'une forme
unique, celle de la clé dite égyptienne.
La serrure égyptienne s'ouvre avec une clé de bois ou de
bronze en forme de "L". Deux dents
cylindriques dirigées vers le haut, convenablement
écartées afin de s'adapter aux chevilles, correspondent
à l'épaisseur du pêne.
Les Hébreux améliorèrent ce type de clé en dotant le système
de plusieurs chevilles de hauteur différente
et de saillies qui multiplièrent les possibilités
de sûreté suivant un principe mathématique :
c'est le principe même de la clé d'aujourd'hui,
avec ce qu'on appelle le tableau de taillage.
Il suffisait, pour ouvrir du dehors, d'enfoncer
la clé dans les trous du pêne puis de la tirer
latéralement, pour entraîner celui-ci.
On retrouve cette clé hébraïque sur les bas-reliefs du temple
d'Amon, à Karnak, quatre mille ans avant notre
ère. Les serrures africaines encore utilisées
pour fermer les greniers à mil de Mopti au Mali
ou de Bobo-Dioulasso au Burkina Fasso sont également
conçues sur ce même principe.

En transformant le mouvement latéral de la clé en une rotation,
le serrurier d'alors invente un geste encore
familier : donner un tour de clé.
Les orientaux de leur côté utilisaient des clés ressemblant
à une sorte de faucille. Plutôt encombrantes,
elles devaient être portées sur l'épaule...
Les romains avaient le goût de l'ordre. Leurs portes étaient
ajustées au millimètre. Leur technicité de l'articulation
et de la fermeture approcha de la perfection
: gonds en bronze et paliers cannelés...
Les premiers cadenas destinés à fermer les coffres-forts
en bois dur d'olivier furent également utilisés
pour entraver les nombreux esclaves de leurs
chaînes. Les cadenas à ressort interdirent également
l'entrée des demeures aux malfaiteurs mais,
vulnérables, on les remplaça par des serrures
de type hébraïque auxquelles fut ajouté un ressort
de rappel. L’origine du terme cadenas est «
caténa » qui, en italien, signifie chaîne. Le mot désignait alors
les deux morceaux de chaîne et la petite serrure
mobile qui les réunissait . Dans les palais
Romains le « caténa » servait à fermer un petit meuble destiné à protéger les
couverts de table ; en effet, à l’époque l’on
craignait beaucoup l’empoisonnement par le curare
que l’on pouvait déposer sur les couverts à
l’insu de leur propriétaire.
A cette époque, l'ouverture ou la fermeture des serrures
romaines nécessitait de gros efforts pour actionner
la clé de deux mouvements rectilignes, l'un
pour décondamner le pêne (verticalement), l'autre
pour actionner le pêne (horizontalement). Montée
sur une bague, et portée à l'index ou au médium,
la clé permettait en fermant le poing de fournir
des efforts très supérieurs à ceux délivrés
par le pouce et l'index. Appelée « signum », cette bague-clé permettait d’actionner le verrou et
d’apposer également une empreinte - un sceau - sur un cachet de cire.
Mari et femme avaient chacun une bague-clé identique pour
ouvrir la porte de la demeure conjugale. C’est
peut-être là l'origine de l'alliance que portent
encore aujourd'hui les époux, symbole de partage,
d'union et de fidélité…
Le serrurier de l'époque, travailleur du fer, jouit d'un
important privilège : intégré dans l'armée,
il n'est pas un soldat comme les autres. Tenu
à l'écart pendant la bataille, s'il est fait
prisonnier, il reste au service de l'armée victorieuse
afin de poursuivre l'exercice de son métier.
Assuré d'échapper à la condition de prisonnier
de guerre, citoyen utile à tous, le serrurier
romain se voit témoigner l'égard porté à son
savoir-faire.
Dès le 13ème siècle, Saint Louis ébauche une première réglementation
: il interdit à un serrurier de travailler la
nuit, car l’éclairage n’est pas suffisant pour
cette activité minutieuse et l’on pourrait le
soupçonner de faire des fausses clés. De même,
l’ouvrier a l’obligation de faire uniquement
les clés des serrures qu’il a devant les yeux
dans son atelier.
Clés et serrures évoluent peu jusqu’au XVème siècle. Ces
siècles rudes bâtissent de larges murailles,
des ponts-levis et garnissent les portes de
ferrures pesantes, d’énormes serrures. La force
prime.
Ce n’est qu’avec la Renaissance que la clé s’enrichit, qu’on
l’affine, telle une oeuvre de dentellière.

Au 16ème siècle, François 1er crée un véritable statut du
serrurier. En cas de perte d’une clé, l’ouverture
d’une porte ne peut s’effectuer qu’en présence
du maître des lieux. Les textes prévoient également
de lourdes sanctions en cas de fraude. Un faussaire
peut ainsi être pendu et l’écriteau "Crocheteur
de portes" est alors accroché sur le gibet.
Pour sa part, Henri II autorise les jurés de métier à visiter
des établissements et magasins pour vérifier
qu’ils n’abritent pas des ouvriers se livrant
à des pratiques de "déguisement" des
clés et des serrures.
En demandant à son serrurier Antoine ROUSSEAU de lui réaliser
des serrures avec une clé qui « passe par toutes
» le même Henri II inventait le passe partout.
Cette innovation lui permettait de rentrer à
sa guise dans les appartements de sa maîtresse
Diane de Poitiers au château d’Anet…
1645,
début de l’histoire de la serrurerie française
La serrurerie acquiert ses lettres de noblesse à partir
du XVIIème siècle. C’est l’époque ou l’artisan
serrurier était le seul maître de son art, le
«quatrième Art » libéral après la peinture,
la sculpture et la musique, selon les règlements
corporatifs édictés en 1650, sous le règne du
Roi Soleil.
Les premiers ateliers de serrurerie voient le jour sous
le règne de Louis XIV : c’est en 1645 que l’on
situe l’origine de JPM (société membre de l’Observatoire
de la Sécurité) - probablement l’atelier de
serrurerie le plus ancien encore en activité
aujourd’hui- lorsqu’un horloger du nom de JP
MAQUENNEHEN décida de s’établir en Picardie.
Allemand, flamand ou écossais selon les auteurs,
et faute de réussir à vendre ses horloges aux
bourgeois du pays, il décida d’installer à Escarbotin
le premier atelier de serrurerie dont le succès
fit des émules. Et c’est ainsi que la région
du Vimeu , en Picardie devint le berceau de
l’industrie de la serrurerie contemporaine...
Cette région abrite aujourd’hui encore plusieurs
entreprises et elle apparaît toujours comme
le fief de la serrurerie en France.

Une riche période décorative se développe sous Louis XV
et Louis XVI, le roi serrurier. Témoins les
nombreux chef-d’oeuvre rassemblés par quelques
collectionneurs privés.
Le 18ème siècle voit l’éclosion de nombreuses entreprises
de serrurerie, dont la marque prestigieuse a
traversé les siècles. Picard est par exemple
né en 1721, Fontaine en 1740, Laperche en 1788.
On se souvient aussi de la passion de Louis
XVI pour cette industrie dont il a d’ailleurs
favorisé le développement.
Au 18ème siècle encore, les Anglais BARRON et BRAMAH firent
beaucoup évoluer la technique de la serrure
: en 1784, Joseph BRAMAH miniaturise la clé
et les gorges qu’il rassemble dans un organe
distinct rapporté sur le coffre de la serrure.
Le « canon » ou « cylindre » était né.
Avec les premières machines à vapeur et le procédé de la
fonte malléable, le XIXème voit l’avènement
d’une industrie naissante qui veut toutefois
respecter la tradition des Maîtres serruriers.
Mais le changement est en marche. Le mouvement
s’amplifie notamment avec la création de Fichet
(1825), Debeaurain (1830), Vachette (1864),
Bezault (1870), et Stremler (1896).
La révolution industrielle s’accélère au début de notre
XXème siècle qui voit arriver l’électricité
dans les ateliers. Le métier se transforme et
dans la 2ème moitié du XXème la tendance se
poursuit avec les nouvelles technologies.
L’électronique et l’informatique vont rapidement s’implanter
et donner naissance à de nouveaux marchés comme
le contrôle d’accès ou des issues de secours,
et à de nouvelles méthodes d’usinage comme le
laser.
Ainsi, depuis l’antiquité, la serrure s’est beaucoup diversifiée
et a subi de nombreuses évolutions techniques.
De nouvelles fonctionnalités sont apparues,
pour tenir compte de l’évolution de notre cadre
de vie et de nos besoins. Pourtant, ce sont
les mêmes valeurs fondamentales que recherche
l’utilisateur et qui continuent à caractériser
la serrure d’aujourd’hui, et vraisemblablement
celle de demain : protection des biens, sécurité
des personnes, et confort d’utilisation. La
forme change mais le fond demeure.
Après la seconde guerre mondiale, la profession a connu
une période faste, accompagnant la reconstruction
du parc immobilier et le développement économique.
En revanche, elle a été affectée par la récession
dans les années 80 et 90. En France, l’industrie
de la serrurerie, de nouveau en croissance,
pèse près de 500 millions d’Euros en France.
Elle est en pleine période de concentration,
notamment sous l’initiative du groupe suédois
ASSA ABLOY, son leader mondial.
La
symbolique de la clé
La symbolique de la clé prend racine dans l'ancienneté de
ses origines, dans le caractère fondamental
des aspirations auxquelles répond son invention,
puis son usage. Signe de droit, signe de sécurité,
signe de communication, la clé est un symbole
fort aussi bien au niveau du langage qu'à celui
de la peinture ou de la sculpture. Le geste
par exemple, de la remise des clés, manifeste
autant l'acte d'allégeance d'une cité que l'acte
de transfert d'une propriété.
La
clé, signe de droit
Droit de régner, droit de posséder, droit d'agir, d’exister…
Les dieux des civilisations antiques détiennent
les clés des Portes du Jour qu'ils ouvrent à
chaque retour de l'aube. Les divinités souterraines
ont également pouvoir sur l'accès au redoutable
Hadès. Janus, avec ses deux faces, exerce sa puissance divine sur les
portes de la ville, de la demeure, de l'année. Janvier,
qui ouvre l'année, lui doit son nom. Tout comme
le "janitor", le portier anglais.
Le maire présente au suzerain ou au notable en visite les
clés de la ville.
Ce geste revêtit un ton plus pathétique lorsque les Bourgeois
de Calais, en chemise, corde au cou et clé de
la ville en mains, rendirent la cité à Edouard
III d'Angleterre.
Le pouvoir des clés c’est le droit de lier ou délier, c’est
à dire d’absoudre ou de condamner accordé par
Jésus aux apôtres. La Bible donne à la clé son
sens le plus spirituel avec la promesse du Christ
à Pierre : "Je te donnerai les Clés du
Royaume des Cieux". Les clés de saint Pierre
délèguent au peuple élu le pouvoir de Javeh.
Au 18ème siècle les clés des chambellans, chargés du service
de la chambre de nos souverains, était la marque
honorifique et distinctive de leur dignité.
Dans le droit ancien, « laisser ses clés à la
justice » signifiait que l’on cédait ses biens
à ses créanciers.
De nos jours la pratique commerciale du "clés en main"
permet au promoteur immobilier comme au vendeur
de voitures de symboliser le transfert de propriété.
La clé, signe de sécurité
Le propriétaire calme son inquiétude en mettant un objet
sous clé, gage de sécurité. De même, dans l'éducation
d'antan, la sécurité de l'autorité parentale
s'affirmait-elle en enfermant à clé un enfant
dans sa chambre. La maîtresse de maison porta
longtemps à sa ceinture le trousseau de clés,
preuve de sa vigilance matriarcale et rappel
à l'obligation alimentaire de l'époux. La veuve
médiévale se libérait des dettes du mari en
plaçant une clé sur le cercueil du conjoint
décédé.
Au temps des villes fortifiées on a fermé à clé les portes
des murs d'enceinte afin de permettre aux citadins
de dormir en paix.
La clé dans le dos a même encore de nos jours une valeur
thérapeutique dans le soin du hoquet.
La clé, signe de communication
La clé désigne aussi ce qui permet de comprendre, d'interpréter
: avec «la clé du problème », «la clé du mystère
», nous pourrons ainsi découvrir une vérité
cachée. Tout comme dans ces "romans à clés"
qui posent au lecteur curieux d'impertinentes
devinettes sur l’identité réelle des personnages.
La "clé des songes" devrait nous permettre
quant à elle d'interpréter les messages du subconscient
au conscient. Et «la clé des champs » nous donner
la liberté d’aller où nous voulons.
La clé désigne ce dont dépend le fonctionnement de quelque
chose : ainsi les "industries clés",
comme l'automobile ou le bâtiment, dont notre
pays est dépendant économiquement. La clé c'est
également l'outil qui sert à serrer les écrous
: "clé de 12, ou de 14..." La clé
c'est encore la prise immobilisante de judo
ou de lutte.
En musique, « la clé de sol » (ou de fa, ou d'ut) désigne
le signe placé au commencement de la portée
pour indiquer l'intonation. La clé c'est aussi
ce qui commande les trous du tuyau d'un instrument
à vent ;
En architecture, la "clé de voûte" est la pierre
centrale d’une voûte ou d’un arceau et qui,
placée la dernière, maintient toutes les autres.
C’est aussi le point essentiel sur lequel repose
un système ou une théorie.
Noblesse du métier manuel
La serrurerie est le triomphe du métier manuel, le lien
entre l’esthétique, l’invention mécanique et
les valeurs de vie : l’être et l’avoir, la sécurité
de son existence et la protection de son bien.
Elle s’est exprimée depuis l’origine des temps par ces artistes
que l’on appelle «artisans » et bien avant que
les maîtres serruriers ne reçoivent leurs statuts
des rois. Nombreux sont ceux qui lui apportèrent
ses lettres de noblesse, qu’il s’agît de grands
ouvriers comme «le bon saint Eloi », devenu
le patron des serruriers ; ou d’amateurs passionnés
comme Charles IX, Louis XIII ou Louis XVI dont
l’épouse, Marie Antoinette, se désespérait de
le savoir aux feux de la forge plutôt qu’à d’autres
divertissements...
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